Dépolitisés, les étudiants ne se préoccupent guère des activités politiques et syndicales. Ils s¹en sont massivement désengagés au profit d¹autres préoccupations. Selon eux, aujourd¹hui l¹UNEM est devenue caduque. Même ses discours mobilisateurs ne drainent plus les foules estudiantines, perplexes face à la dégringolade politique de l¹Université.
Juin 2007 à la Faculté des Lettres de l¹Université Mohamed V de Rabat. Les couloirs sont particulièrement bondés durant cette période d¹examens. Tout semble se passer sous les meilleurs augures, dans une atmosphère d¹intense concentration de révisions de dernière minute. Soudain, un cri interrompt le chuchotement des dizaines d¹étudiants révisant leurs leçons avant d¹entrer dans la salle d¹examen. "C¹est un scandale ! On n¹a même pas eu suffisamment de temps pour reprendre notre souffle, après les contrôles continus, qu¹on est obligé d¹enchaîner avec les examens de fin de semestre. C¹est inhumain et on se laisse faire!". Rachid, 20 ans, étudiant en troisième année philo, exprime le ressentiment de nombreux étudiants et pointe du doigt la mutuelle des étudiants, organe exécutif de l¹UNEM, autrefois un grand syndicat et aujourd¹hui absente, selon lui, du terrain des luttes estudiantines. " Si la mutuelle avait fait son travail de représentation, l¹administration n¹aurait jamais imposé ce calendrier d¹examens qui est une véritable maltraitance ", poursuit Rachid, de plus en plus remonté.
Divorce entre les étudiants et la politique
Orphelins de l¹UNEM dans sa version d¹antan, c'est-à-dire un grand syndicat estudiantin fédérateur et dans lequel la majorité des étudiants se reconnaissaient, même quand ils n¹y militaient pas, les étudiants sont réduits à une forme minimaliste d¹organisation : des délégués et comités de classes. " Aujourd¹hui, le délégué de classe peut résoudre calmement et rapidement nos différents problèmes, sans trop faire de politique ", explique Alae, étudiant en littérature française. Alors, la politique qui tant enflammait les amphis et galvanisait les masses estudiantines pour de grandes causes idéologiques, allant de la lutte contre l¹impérialisme américain à la démocratisation du régime marocain, en passant par l¹incontournable question palestinienne, serait-elle définitivement abhorrée par les étudiants ? Comment est-on arrivé à ce divorce entre les étudiants qui ont mille raisons d¹être dans la contestation et la politique qui s¹attrape tout naturellement dans les amphis du monde entier, l¹université marocaine ayant été dans le passé une pépinière politique?
Dépolitisés, les étudiants ne se préoccupent guère des activités politiques et syndicales. Apparemment, ils se trouvent face à un vrai dilemme : d¹une part frustrés des actions et de la perpétuelle absence de leurs représentants syndicaux et d¹autre part, incapables de s¹investir dans l¹activisme politique pour insuffler un air de renouveau et de dynamisme à la Faculté, qui est de surcroît dans une impasse politique. Et pourtant, ils se sont massivement désengagés de toutes activités portant un cachet politique, au profit d¹autres préoccupations. Cependant, les étudiants ne sont hantés que par leur vie quotidienne de simple chercheurs de connaissance, dont le seul souci est l¹accumulation de bonnes notes et l¹assiduité aux cours, et ceci sans avoir une pensée fondée sur la revendication de leurs droits de plus en plus négligés. " Ils n¹ont aucune relation avec la réalité, on ne veut plus les paroles utopistes, mais des actes réels et tangibles ", affirme un jeune étudiant critiquant l'UNEM.
En toile de fond de ce désengagement, figurent tout d¹abord l¹insouciance politique -à l¹instar de toute la jeunesse marocaine-, le manque de confiance et surtout, le refus d'être instrumentalisés par quelques factions, qui ne voient que la prévalence et la propagande de leurs mouvements au détriment des intérêts des étudiants. Une nouvelle génération qui n¹a pas hérité la flamme de protestation et la volonté de changement de leurs prédécesseurs.
Entre le déclin et la résurrection de l¹UNEM
Cependant, l¹UNEM en perte de vitesse est loin d'enchanter les étudiants à adhérer ses projets. Complètement paralysée par les divergences persistantes entre les différentes forces estudiantines, elle commence à perdre de son influence et de son prestige d¹antan. Une organisation vacante squattée par les étudiants d¹Al Adl Wal Ihssan qui l¹ont transformé d'un outil démocratique pour l'expression et les revendications estudiantines, en un outil rigide instrumentalisé par les idéologies d'un seul gouvernail. L¹UNEM est entrée dorénavant dans une période de déclin dont le catalyseur est le litige de la légitimité des nouveaux maîtres de l¹organisation. Désormais l¹arène est libre, les anciennes forces se sont éclipsées, pour laisser aux disciples du Cheikh Yassine la latitude d¹action de diriger les affaires de milliers d¹étudiants, à leur manière et avec leurs discours. Par contre les locataires de l¹UNEM voient les choses autrement, et pensent dur comme fer qu¹ils assument amplement leurs rôles, en dépit des objections des étudiants. " Les étudiants ne voient que le côté négatif des choses, et oublient les acquis et les réalisations de l¹UNEM ", rétorque un membre du groupe d¹Al Adl. Face à ce constat d¹échec, les membres de l¹UNEM essayent de réconcilier les étudiants avec la politique et veulent les impliquer davantage à travers des colloques, des semaines culturelle, et notamment l¹incontournable " Halakiya " qui reste non seulement un véhicule de diffusion d¹idéologie, mais également un croisement des factions en quête de positionnement et de démonstration de force. Mais des fois, ces mouvements cherchent avec fébrilité à joindre, même avec force, les foules estudiantines à leur cause à travers le tapage. Alors, ils usent et abusent de certaines méthodes draconiennes qui se heurtent aussitôt à l¹indifférence des étudiants. C¹est la où le bât blesse. Du coup, pour aligner les étudiants à leurs rangs, le boycott des cours et le recours à la force demeurent les outils les plus utilisés par les factions majeures de la Faculté. " Avec leurs façons de protestation rétrogrades, ils ne font que nous retarder. De toute façon, ils ne vont rien réaliser " témoigne Nadia étudiante en littérature arabe.
L¹UNEM est devenue caduque. Même ses discours mobilisateurs ne drainent plus les foules estudiantines, aujourd¹hui perplexes face à la dégringolade politique de la Faculté. Néanmoins, une lueur d¹espoir demeure présente dans l¹esprit de quelques étudiants, qui croient à la résurrection de l¹UNEM. " Les factions doivent accorder leurs violons et oublier leurs différends, pour servir les intérêts de l¹étudiant", laisse entendre Omar, étudiant en littérature anglaise, sur un ton d'espoir.
El Mehdi Boukhari
paru à Al Bayane le 08/07/07
paru à Al Bayane le 08/07/07
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