A peine remis sur les rails du développement et de la démocratie, l’Afrique est, d’ores et déjà, repris par ses vieux démons de guerres, de luttes ethniques et de coup d’Etat. Le spectre de la guerre plane de nouveau sur un continent en pleine mutation. Les violences au Kenya et les attaques rebelles sur N’djamena au Tchad ont brisé les espoirs et ont ramené les menaces de crise en Afrique au devant de la scène internationale.
Cette pandémie de violence inopinée ravive les doutes et le désarroi sur l’avenir d’une Afrique émergente, ayant reniée son passé sanglant et enterrée les armes de guerre.
Les deux dernières crises ayant frappées le continent ont des causes largement différentes. Quoiqu’ils s’inscrivent dans la même lignée des conflits habituels de l’Afrique, ceux des litiges autour du pouvoir, et des crises transfrontalières. Par ailleurs, les incidents survenus au Tchad sont une répercussion indirecte de la crise du Darfour, et également des réticences du Soudan d’un déploiement des forces de paix étrangères, en vue d’aplanir les tensions dans la région. Un enchevêtrement inextricable de facteurs politiques et militaires qui laisse la crise tchadienne loin de voir le bout du tunnel. Désormais, les attaques des rebelles hostiles au pouvoir d’Idriss Deby sont devenues de plus en plus farouches. Le 1er février 2008, 2000 rebelles tchadiens venant du Darfour prennent d’assaut la capitale N’Djamena. Les combats, très violents, ont fait des centaines de morts et plus de 1000 blessés. Le chef d'état-major de l'armée tchadienne a été tué. Les rebelles ont été contraints de se replier après avoir occupé plus de la moitié de la capitale. Le Tchad est en guerre de manière quasi permanente depuis son indépendance. Vaste pays aride aux frontières immenses, il est à la charnière des mondes arabe et noir, anglophone et francophone. De même, le conflit du Soudan et du Darfour ajoute son grain de sel dans la crise tchadienne. Le Tchad soutient les rebelles au régime de Khartoum alors que le Soudan sert de sanctuaire aux opposants d'Idriss Deby, qu'il arme et finance. A l’instar de l’Afrique, le Tchad est devenu un enjeu géopolitique et pétrolier pour les puissances mondiales, d’où l’intervention indirecte de la France au Tchad pour maintenir de justesse le pouvoir chancelant d’Idriss Deby. En outre, un témoignage patent de la continuité de la politique hexagonale en Afrique et des anciennes puissances coloniales, mais surtout ça découle des convoitises des richesses minières du pays, en l’occurrence le pétrole et l’uranium.
Le Kenya est également dans le collimateur des puissances mondiales avides de s’accaparer de ses potentialités naturelles. Ce pays réputé par sa stabilité a été secoué par des violences, ayant débouchés sur des épurations ethniques pure et simple. Le déclic de la crise de violences au Kenya a un caractère totalement politique. La proclamation de la victoire électorale, du président sortant Mwai Kibaki, a mis le feu aux poudres, après la constatation par l’opposant Raila Odinga d'un résultat électoral manipulé. Cette impasse politique a été le détonateur de sanglants affrontements interethniques, et a participé à un exode massif des populations prises dans une spirale de violence. Néanmoins, la crise kenyane est sous point de vue exemplaire. Elle reflète une volonté inébranlable des kenyans de défendre la démocratie dans leur pays, même s’il n’est pas parfait. Cependant, la crise kenyane peut être la clé à comprendre un continent en pleine mutation, et d’une jeunesse africaine animés par le changement.
Néanmoins, ces crises sporadiques ne peuvent pas faire oublier une transformation moins spectaculaire mais profonde de l'Afrique. Le nombre de conflits sanglants en Afrique a considérablement diminué. Des champs de bataille comme ceux d'Angola, de Côte d'Ivoire, du Mozambique, du Rwanda et du Sierra Leone, ont laissé place à des paix fragiles.
L’Afrique est aujourd’hui à la croisée des chemins, entre les démons de violences d’hier, et la chimère d’un demain meilleur de démocratie et de prospérité, qui demeure toutefois incertain.
El Mehdi Boukhari