Invité au festival de Casablanca «Casa Music», Alpha Blondy a égayé de sa voix mélodieuse, mais non moins porteuse d¹espoir, les scènes de la capitale économique. A ce chanteur hors pair, le public a réservé un accueil des plus chaleureux. Al Bayane a rencontré cette star du reggae en passe de devenir une icône. Entretien.
Al Bayane : Vous êtes en quelque sorte un habitué des festivals du royaume. Comment évaluez-vous l¹événement musical de la métropole?
Alpha Blondy : Pour moi, c¹est toujours un immense plaisir de venir au Maroc. Ce pays a participé énormément à tisser la carrière d¹Alpha Blondy. D¹autant plus que l¹un des grands concerts que j¹ai animés, était à Marrakech en 1985. Donc, venir au Maroc, c¹est comme si je venais faire un compte rendu de l¹évolution de ma carrière et rendre hommage à ceux qui ont contribué à la bâtir.
Quel message voulez-vous véhiculer à travers votre musique ?
La paix demeure une quête incessante des pays africains. C¹est le message essentiel que je veux transmettre. En effet, l¹Afrique est un marché porteur des vendeurs d¹armes. Le spectre de la guerre plane en permanence sur les pays africains et les marchands d¹armes ne font qu¹attiser les tensions pour en tirer profit. Les Africains ne pourraient pas se payer le luxe de faire des guerres. Voilà pourquoi je voudrais dire à mes frères africains d¹éviter de tomber dans les pièges tendus par les marchands d¹arme qui n¹attendent que cette aubaine. Ensemble, on doit cultiver la paix, et déjouer les pièges des guerres. Certes, on dit quand la Chine se réveillera, le monde tremblera. C¹est vrai, mais quand l¹Afrique se réveillera le monde va changer de visage. Les Africains n¹ont pas encore dit leur dernier mot, vu ce que nos politiques, nos pères et nos grands-pères ont pu obtenir, malgré tout ce que l¹Afrique a subi en matière de pillage et d¹escroquerie par les colonisateurs. L¹Afrique est encore debout, malgré toutes les maladies, les pandémies et toutes les misères, qui entravent son développement. Alors par le biais de cette tribune, je lance un appel vibrant à mes petits frères africains, qui sont à l¹université, aux lycées et dans les écoles de prendre au sérieux leurs études. Je souhaite que le continent Noir produise davantage de médecins, d¹ingénieurs agronomes, d¹ingénieurs informatiques... La jeunesse africaine doit se former au plus haut niveau. L¹Afrique a besoin de ses compétences et de ses sources humaines. On doit tous s¹engager à préserver nos potentialités intellectuelles et les mettre au service du développement. Les responsables des pays africains doivent remédier au phénomène de l¹immigration et surtout la fuite des cerveaux. Les Africains doivent prendre conscience de cette nouvelle donne, parce que le combat actuel est plutôt cérébral. Il n¹est plus musculaire.
Vous avez adopté une position hostile vis-à-vis du projet de «l¹immigration choisie» proposée par Nicolas Sarkozy. Êtes-vous toujours inflexible sur votre position ?
Toujours. Aucun de nous n¹a envie de voir nos enfants aller galérer en Europe, et subir une forme d¹esclavage des temps modernes. Certainement, le président Sarkozy a le droit de défendre son pays, mais nous avons également le droit et le devoir de défendre nos enfants et nos citoyens qui ont la tentation de se rendre chez eux. Si les Européens n¹avaient pas créé et laissé autant de misères chez nous, jamais l¹idée de l¹immigration n¹aurait effleuré l¹esprit de nos enfants. Ils (les Européens) sont en grande partie responsables de l¹émergence de ce phénomène qui a pris une proportions alarmantes. S¹ils ont vraiment l¹intention de nous aider, qu¹ils créent des usines en Afrique pour que nous puissions, nous-mêmes, transformer nos matières premières. Alors, nos enfants auront des opportunités de travail et n¹auront plus envie de se rendre en Europe pour souffrir. Ainsi nos Etats disposeraient de moyens générateurs d¹emplois pour permettre une vie décente à la jeunesse. De même, ils doivent arrêter d¹encourager et de financer les coups d¹Etat, source d¹instabilité et de tous les malheurs. Ces guerres intestines affaiblissent davantage le continent et l¹engouffre dans le sous-développement. Quand l¹Afrique sera stable, nous n¹aurons pas besoin d¹aller chez eux juste pour gagner notre pitance.
Propos recueillis par El Mehdi Boukhari
Paru à Al Bayane 23/07/2007
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