lundi 6 août 2007

Après le baccalauréat, le calvaire continue

A peine débarrassés du calvaire des préparatifs et du stress du bac, les bacheliers se voient à nouveau confrontés à d¹autres épreuves plus compliquées. Il s¹agit des concours d¹accès aux écoles et instituts publics ou privés. Une obsession qui tarabuste chaque étudiant durant toute l¹année de la terminale. Réussir un concours d¹une école publique représente pour les uns l¹aboutissement d¹un rêve d¹enfance et l¹assurance d¹un futur radieux et prospère. D¹autres, par contre, sont plus enclins à opter pour l¹enseignement supérieur privé soit par conviction ou par obligation.
Il est 16h tapantes. Pour rattraper son retard, Zakaria presse le pas afin d¹arriver avant le délai limite de la fermeture définitive de la liste de candidature de l¹école de journalisme de Rabat (ISIC). Heureusement, il parviendra à se pointer, de justesse devant le bureau d¹inscription avant le départ des fonctionnaires. «Après avoir décroché mon bac, les vrais ennuis n¹ont fait que se relayer. On est vraiment face à une tourmente pour pouvoir accéder à une école publique. C¹est la galère !», regrette-t-il. Zakaria est l¹un des 87 mille jeunes à avoir réussi leur baccalauréat cette année. Dès le mois de mai et jusqu¹à début juillet, les différents établissements d¹enseignement supérieur accueillent les demandes des bacheliers désireux de suivre leur formation.
Constat palpable : une majorité de bacheliers optent pour l¹enseignement public. «Plus sélectif, il a la réputation d¹assurer une solide formation universitaire. Les places y sont, par contre, très limitées et les conditions d¹accès sont très strictes avec une chance infime d¹y accéder.», nous indique-t-on. Par conséquent, les nouveaux bacheliers déploient des efforts colossaux et sillonnent les différents campus universitaires de leur ville ou de celles avoisinantes, en vue d¹optimiser leur chance d¹accéder à l¹une des écoles publiques les plus prestigieuses, qui se comptent finalement sur le bout des doigts. «Avec un bac mention bien comme atout, je n¹ai pas hésité une seconde à envoyer ma candidature à toutes les écoles étatiques, espérant que l¹on me retienne pour passer le concours !» laisse entendre Aziza, bachelière en science expérimentale. Le système des concours des écoles publiques reste le même : trier parmi les étudiants, retenir les plus méritants. Toutefois, certaines pratiques observées sont pointées du doigt et qui mettent sérieusement en cause la crédibilité de cet enseignement public. En effet, selon plusieurs étudiants, les formes de corruption, pots-de-vin, complaisance... y sont légion. «C¹est vraiment aberrant de voir des étudiants incompétents, sans aucune moyenne ni qualification, s¹accaparer une place grâce à un coup de fil ou à un tant soit peu de bakchich !», déplore Hamza, un jeune bachelier.
Sésame, ouvre-toi pour les bacheliers VIP
Auparavant, l¹enseignement public était réputé par son sérieux, déclare notre interlocuteur, alors que maintenant d¹aucuns savent pertinemment que les coups de piston peuvent ouvrir le portail de la plus prestigieuse des écoles étatiques ! En principe, les candidats, pour accéder aux études supérieures, doivent remplir une multitude de critères exhaustifs, avant de passer un concours écrit et subir un entretien par la suite. Or, d¹après Hamza, pour certains, qui «ont le bras long», ils n¹ont même pas besoin de remplir ces conditions. «Connaître des personnes influentes suffit pour ces derniers. Et c¹est là où le bât blesse ! La question de la compétence de l¹étudiant n¹est pas prise en compte finalement», a-t-il poursuivi désespéré. Généralement, pour des bacheliers «normaux», les critères d¹acceptation s¹articulent en premier lieu autour de la moyenne. Celle-ci reste la condition incontournable d¹éligibilité du candidat, qui oscille généralement entre 12 et 14 sur 20, outre l¹âge et autres conditions spécifiques à chaque établissement.
En ce qui concerne les étudiants n¹ayant pu dénicher une place dans le public, faute d¹une moyenne ou d¹un concours raté, ils se tournent vers l¹enseignement privé. Une alternative pour palier l¹offre restreinte de l¹enseignement public, et également afin de redonner espoir à ceux qui s¹accrochent avidement à un rêve d¹enfance : être journaliste, architecte, juriste, ingénieur en informatique...
Mais chaque rêve a un prix. En fait, pour bénéficier d¹une formation en bonne et due forme dans une école privée, le bachelier ou plutôt ses parents doivent débourser mensuellement des sommes énormes. Telle est la condition sine qua non pour poursuivre ce genre d¹études. Cependant, même avec la cherté des prestations fournies, l¹enseignement privé a connu dernièrement un véritable engouement. Avec plus de 120 écoles et instituts privés reconnus par le ministère de l¹Education Nationale, le Maroc connaît incontestablement un foisonnement patent des demandes des bacheliers. Selon le MEN, ils sont pas moins de 18 mille étudiants à faire confiance à ces établissements, par conviction ou par obligation. Seul bémol, la réputation de quelques écoles reste encore à prouver. «Certaines écoles privées ne font aucune présélection et l¹unique condition d¹accès c¹est le paiement mensuel des frais de scolarité rubis sur l¹ongle. C¹est insensé !», nous confie Salima, étudiante dans une école privée. Quoique, il existe quelques rares écoles qui disposent d¹un label de qualité reconnu et dont la réputation détrône celles des établissements publics.
Etudiants vulnérables aux influences exogènes
Mais au-delà des offres et des écoles privées et publiques, l¹itinéraire universitaire des étudiants subit, néanmoins, des influences émanant de différentes parts. Souvent, c¹est le giron familial qui décide de l¹orientation de la progéniture en exerçant une influence quant à la formation à suivre. «Mon père voulait devenir médecin. Comme ce n¹était pas possible à son époque, il a jeté son dévolu sur moi en m¹astreignant presque à décrocher mon bac avec mention bien pour pouvoir prétendre s¹inscrire à la fac de médecine. Mais le problème, c¹est que je n¹ai jamais aimé ce métier. Résultat des courses, mon refus d¹obtempérer m¹a causé beaucoup de désagréments.», nous a révélé Majda, une bachelière en sciences expérimentales. Aussi, le marché du travail est-il une autre sorte d¹influence qui ajoute son grain de sel. Il joue un rôle régulateur et exerce une grande influence sur l¹orientation académique des étudiants. En effet, avant d¹accéder à un établissement, les bacheliers se renseignent, d¹emblée, sur les perspectives et les opportunités de chaque formation dispensée par les écoles. De la sorte, c¹est la quête de débouchés d¹avenir qui pourraient garantir une vie décente à travers un cursus universitaire adéquat aux mutations et aux offres du marché de travail.
Pour les mal lotis d¹entre ces bacheliers, ceux qui n¹ont pu ni accéder aux grandes écoles publiques, ni payer une école privée, la Faculté demeure l¹ultime ressort. Du moment qu¹elle offre l¹avantage d¹accueillir un grand nombre d¹étudiants grâce notamment à l¹absence d¹une sélection, elle est assurément une bouée de sauvetage pour les retardataires et les désemparés.
El Mehdi Boukhari
paru à Al Bayane le 10/07/07

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